Histoire du snooker : des origines à nos jours
Le snooker est un sport de table dont l’origine remonte au XIXe siècle en Inde britannique.
De ses origines militaires à son développement international, le snooker est devenu l’une des disciplines les plus suivies au Royaume-Uni et en Extrême-Orient.
Découvrez dans cette page l’histoire complète du snooker, ses créateurs, les premières compétitions, les joueurs légendaires et son évolution en France.
SOMMAIRE : Origine du snooker – Les premières compétitions – Les grands joueurs de l’histoire – Les femmes dans l’histoire du snooker – Le snooker en France
ORIGINE DU SNOOKER
La création du snooker
Le snooker est à l’origine une variante du billard.
Le billard, dont la création remonte au XVe siècle, était jadis très pratiqué par les officiers britanniques stationnés en Inde vers la fin du XIXe siècle.

En 1875, c’est au colonel Francis Fitzgerald Neville Chamberlain que l’on doit l’invention du snooker, alors qu’il cantonnait en Inde, à Jabalpur.
Il proposa au mess des officiers d’ajouter des billes colorées au billard traditionnel, qui comprenait 15 billes rouges et une bille noire.
Dans un premier temps furent rajoutées la bille jaune, verte et rose. Les billes marron et bleue apparurent vers 1880.
« Snooker » (idiot, facile à piéger) est le sobriquet attribué dans l’armée à une recrue d’un an (on dirait un « bleu » en France). Ce terme était utilisé dans l’armée pour désigner les nouveaux adeptes de ce jeu et s’étendit au jeu lui-même.
Dix ans plus tard, en 1885, à l’occasion d’un voyage en Inde, le champion britannique de billard John Roberts fut accueilli par Chamberlain qui lui présenta ses innovations et introduisit par son biais la pratique du snooker en Angleterre.
La mise en place des premières règles
La formalisation des règles de snooker a commencé à la fin du XIXe siècle, lorsque le jeu a été codifié dans les clubs britanniques. Avant cela, les joueurs suivaient des variantes locales, souvent très différentesd’un club à l’autre.
La standardisation a été initiée par les officiers stationnés en Inde, qui ont adapté et combiné des éléments du billard anglais et du pyramid pool pour créer un jeu plus structuré.
Les premières règles écrites précisaient le nombre de billes, leur ordre de pointage et les mouvements autorisés, posant ainsi les bases du snooker tel que nous le connaissons aujourd’hui. Cette formalisation a permis au jeu de se répandre rapidement et d’attirer des compétitions officielles.
LES PREMIERES COMPETITIONS
Dans ses premières années, les premiers tournois de snooker étaient organisés en amateur entre des régiments militaires et des clubs. Ce n’est que vers les années 1920 que le snooker a vraiment commencé à décoller commercialement en tant que sport professionnel.
L’ère Joe Davis

En 1927, la légende du snooker Joe Davis introduisit un championnat du monde professionnel, et c’est d’ailleurs lui-même qui remporta la compétition. Il empocha un prix de 6 £ 10 shillings (équivalent à environ à 300 € en 2004), et remporta par la suite chaque championnat du monde jusqu’en 1946.
En 1940, un match historique a eu lieu entre les frères Davis, Joe et Fred, en finale du championnat du monde. C’était la seule fois de l’histoire que deux frères s’affrontaient à ce stade d’une compétition aussi importante.
Dans les années 1950 et 1960, le snooker a subi un déclin, aucun tournoi n’eut lieu entre 1958 et 1963.
La révolution télévisuelle des années 1980
Le premier championnat du monde amateur s’est déroulé en Inde en 1963.
En 1968, la naissance de la WPBSA a permis d’organiser la pratique du snooker et, une année ensuite, le snooker est entré dans ce que l’on dénomme sa « nouvelle ère », avec le passage du championnat du monde à un format à élimination directe.
En 1969, la BBC eut l’idée d’organiser un tournoi de snooker pour lancer ses nouveaux programmes en couleur. Ce fut le départ du Pot Black dont le succès dépassa largement les prévisions.
Quelques années plus tard, le championnat du monde fut retransmis à la télévision et le snooker devint un sport professionnel.
Le classement mondial fut introduit en 1976. Au début, le classement ne prenait en compte que les seuls résultats réalisés lors du championnat du monde.
En 1978, alors âgé de 64 ans, Fred Davis est battu par le sud-africain Perrie Mans, dans une demi-finale à suspense, manquant notamment d’empocher la bille rose pour revenir à un point de son adversaire. La tension était telle que, présent parmi le public, son frère Joe manqua de tomber de son siège et dût être conduit à l’hôpital pour y être opéré. Il décéda quelques semaines plus tard. Cet épisode dramatique tient une place importante dans la légende du snooker, la bille rose manquée par Fred Davis était surnommée « la bille qui tua Joe Davis ».
Le sommet de cet âge d’or du snooker fut peut-être le championnat du monde de 1985, lorsque plus de 18 millions de téléspectateurs, soit un tiers de la population du Royaume-Uni, regardèrent Dennis Taylor remporter le trophée après un combat mémorable contre Steve Davis qui se termina bien après minuit (suivez ce lien si vous désirez regarder ce match).

Dans les années 90, le snooker est entré dans une période de transition. Les entreprises du tabac ayant retiré leur sponsoring à cause des campagnes anti-tabac, le jeu était dominé par une poignée de stars et des rivalités sont apparues avec l’organisation des compétitions professionnelles parallèles. Un coup dur a été porté au jeu, notamment en 1995 lorsque la BBC a décidé de ne plus diffuser que la finale du championnat du monde.
Le jeu ayant perdu sa popularité, et manquant de finances, il devenait alors nécessaire d’entreprendre des changements.
Au début de l’année 2000, Barry Hearn est nommé président chargé de la modernisation du snooker. Une nouvelle tournée professionnelle regroupant pros et amateurs est alors mise en oeuvre, aboutissant à la signature en 2001 d’un énorme contrat TV de 140 millions de dollars avec Sky Sports au Royaume-Uni.
A partir de la saison 1994/1995, un circuit secondaire a été mis en place pour permettre aux joueurs ne faisant pas partie du circuit pro d’avoir leurs propres tournois. C’était le début du Minor Tour qui devint ensuite UK Tour, puis Challenge Tour et enfin Q Tour depuis 2021/2022. En plus de potentiels gains financiers, les meilleurs joueurs de ce circuit peuvent prétendre depuis 2010 à rejoindre le circuit pro.
A partir de la saison 2011/2012, le circuit Q School a été mis en place pour offrir la possibilité aux joueurs amateurs et à ceux qui ont été relégués du circuit pro de rejoindre le circuit pro. Contrairement au Q Tour, ce circuit Q School ne propose aucun gain financier.
Vers 2005, à l’occasion des premières victoires de Ding Junhui, l’Asie du Sud-Est commence à se passionner pour le snooker. Depuis lors, de nombreux joueurs asiatiques se sont positionnés sur le circuit mondial. En 2013, aux Masters de Shanghaï, pour la première fois de l’histoire une finale 100% chinoise a eu lieu, entre Ding Junhui et Xiao Guodong.
En 2020, l’audience télévisuelle du snooker était de 500 millions de personnes à travers le monde selon le président de la WPBSA Barry Hearn.
En 2021, l’organisation mondiale féminine WWS (World Women’s Snooker) devient une voie de qualification pour le circuit principal pour la première fois.
En 2022, la Q School Asie-Océanie voit le jour permettant, comme son homologue européenne, d’offrir des places sur le circuit principal aux plus méritants.
En 2023, le belge Luca Brecel devient le premier joueur d’Europe Continentale à devenir champion du monde.
En 2025, Zhao Xintong devient le premier champion du monde chinois de l’histoire.
LES GRANDS JOUEURS DE L’HISTOIRE
Joe Davis
Joe Davis a été le pionnier du snooker moderne, remportant tous les championnats du monde de 1927 à 1946, contribuant à formaliser les règles du jeu et ainsi rendre le jeu plus structuré et plus populaire.
Joe Davis était réputé pour son jeu méthodique et sa précision exceptionnelle. Sa maîtrise du positionnement de la bille et de la stratégie a posé les bases du snooker professionnel.
Même après sa retraite, il est resté une figure influente du snooker. Son héritage est encore célébré aujourd’hui dans les clubs et les compétitions. Il a inspiré de nombreuses générations de joueurs à travers le monde.
Ray Reardon

Ray Reardon, surnommé Dracula à cause de son style impassible, a dominé les années 1970, remportant six championnats du monde entre 1970 et 1978.
Il était célèbre pour sa stratégie et sa capacité mentale, capables de contrôler le rythme des matchs. Il possédait en outre un jeu défensif redoutable qui mettait en difficulté ses adversaires;
Il a contribué à populariser le snooker à la télévision britannique.
Même après sa carrière, il a continué à entraîner et conseiller de jeunes champions.
Sa longévité et sa constance font de lui une légende du snooker.
Steve Davis

Steve Davis a été le joueur emblématique des années 1980, souvent considéré comme le visage du snooker à la télévision.
Il a remporté six championnats du monde, ainsi que de nombreux tournois majeurs.
Sa force résidait dans sa rigueur, sa concentration et sa régularité exceptionnelles.
Il fut le premier joueur à réussir un break maximum officiel dans une compétition pro et le premier joueur à remporter un million de livres de gains en carrière.
Davis a largement contribué à la popularisation du snooker en dehors des clubs, grâce aux diffusions TV.
Après sa carrière active, il est devenu un commentateur et un analyste respecté. Son influence a façonné la manière dont le snooker est joué et suivi aujourd’hui.
Il reste un symbole de professionnalisme et de disciplie dans le sport.
Stephen Hendry

Stephen Hendry a dominé le snooker dans les années 1990, avec un style rapide et offensif qui a marqué l’histoire du jeu.
Il a remporté sept championnats du monde et était reconnu pour sa précision sur la table et sa capacité à construire des breaks élevés. Il fut le plus jeune champion du monde de l’histoire à l’âge de 21 ans en 1990. Il a également contribué à rendre le snooker plus spectaculaire à la télévision.
Hendry était capable de gérer la pression des grands matchs comme peu d’autres avant lui.
Même après sa retraite, il reste impliqué comme commentateur et mentor.
Son héritage reste associé à l’excellence et à la modernisation du snooker.
Ronnie O’Sullivan

Ronnie O’Sullivan est souvent considéré comme le joueur le plus talentueux de l’histoire du snooker;
Sa carrière, débutée dans les années 1990, est jalonnée de titres mondiaux et de records de breaks maximums.
Il est célèbre pour sa rapidité d’exécution, sa créativité et son jeu spectaculaire. O’Sullivan peut alterner entre jeu offensif et tactique selon les situations.
Il fut en 1993 le plus jeune vainqueur d’un tournoi pro de l’histoire à l’âge de 17 ans et détient le record du break maximum le plus rapide de l’histoire, dans son match du championnat du monde en 1997 face à Mick Price (voir la vidéo). En 2019, il rentrera un peu plus dans l’histoire, en devenant le premier joueur de l’histoire auteur de 1000 centuries.
Il a popularisé le snooker auprès du grand public grâce à son charisme et sa personnalité unique.
Malgré des périodes de pause ou de difficultés, il est revenu au sommet à de nombreuses reprises.
Il continue d’inspirer les jeunes joueurs et reste un symbole de génie et de passion pour le snooker.
LES FEMMES DANS L’HISTOIRE DU SNOOKER
Dès le début des années 1930, les femmes ont commencé à concourir dans des compétitions spécifiques en Grande-Bretagne, le premier championnat féminin a eu lieu en 1933 en Grande-Bretagne.
Mais c’est surtout en 1981, avec la mise en place de la WLBSA, qui allait devenir ensuite la WWS, que le snooker féminin allait prendre son essor avec l’instauration d’un calendrier annuel de compétitions féminines, comme dans le circuit professionnel.
Plusieurs joueuses ont marqué l’histoire du snooker féminin. On peut citer notamment :
- Allison Fisher au milieu des années 80 et début 90, vainqueur de près de 20 tournois et championne du monde à sept reprises entre 1985 et 1994.
- Karen Corr dans les années 1990, remportant 26 tournois dont 3 championnats du monde (entre 1990 et 1997)
- Kelly Fisher, remportant son premier tournoi (Connie Gough Memorial) en 1993, à seulement 14 ans, elle établira un record mondial en remportant 30 tournois majeurs dont cinq fois le championnat du monde entre 1998 et 2003.
- Reanne Evans est l’icône du snooker féminin. Championne du monde féminine pendant 10 années consécutives, depuis sa première victoire en 2005 (à seulement 19 ans), et douze fois au total.
Evans détient aussi un record mondial de 90 matches gagnés consécutivement entre 2008 et 2011.

Mais bien que le circuit féminin a toujours été ouvert aux joueuses de toutes nationalités, il a été largement dominé par les joueuses britanniques au cours de ses 30 premières années.
Au début des années 2010 cependant, on va assister à l’émergence d’une nouvelle vague de talents venus d’Asie. C’est le cas notamment de la hongkongaise Ng On Yee qui est devenue championne du monde féminine en 2015 (puis en 2017 et 2018), puis de la talentueuse joueuse thaïlandaise Mink Nutcharut (championne du monde en 2022) et de la chinoise Bai Yulu qui fut la première joueuse chinoise championne du monde en 2024 et 2025.
LE SNOOKER EN FRANCE
C’est vers la fin des années 1980 que le snooker a fait son apparition en France.
Champion de France à 6 reprises (entre 1996 et 2008), Yannick Poulain est sans conteste le premier grand joueur français de snooker.
En 2004, il est devenu le premier joueur français à intégrer le circuit pro, après avoir gagné sa place en passant par le Challenge Tour.

Couronné plusieurs fois champion de France chez les jeunes, Brian Ochoiski a remporté le championnat de France en 2018.
Au championnat d’Europe des moins de 18 ans, il obtient la médaille de bronze en 2018 et 2020.
Grâce à sa régularité dans le circuit Q School, il a été invité à participer au championnat du monde en juillet 2020, devenant ainsi le premier joueur français à participer à cette épreuve prestigieuse.
Durant la saison 2020/2021, il devient le premier joueur français à prendre part à plusieurs épreuves du circuit pro, et à nouveau au championnat du monde en avril 2021.

Champion de France en 2023 et 2024, Nicolas Mortreux participe lui aussi régulièrement aux épreuves Q School et Q tour depuis la saison 2022/2023.
En 2023, lors de l’épreuve du 6 Red au championnat d’Europe en Bulgarie, Nicolas a réussi à décrocher la médaille de bronze en atteignant la demi-finale.
