John Higgins, Ronnie O’Sullivan, Mark Williams : les trois légendes face à la question de la retraite

Ils ont tous dépassé la cinquantaine, mais restent parmi les meilleurs joueurs du monde

John Higgins vient une nouvelle fois d’évoquer la question de la retraite. Une réflexion devenue inévitable pour l’Écossais, comme pour ses deux grands rivaux de toujours, Ronnie O’Sullivan et Mark Williams. Tous trois appartiennent à la même génération, tous trois ont rejoint le circuit professionnel en 1992 et tous trois ont dépassé les 50 ans. Pourtant, près de trente-cinq ans après leurs débuts, ils restent capables de rivaliser avec les meilleurs joueurs du monde.

Depuis plus de trois décennies, le snooker professionnel est marqué par une génération exceptionnelle. Ronnie O’Sullivan, John Higgins et Mark Williams sont devenus professionnels la même année, en 1992, et ont depuis collectionné les titres, les records et les grandes rivalités.

À eux trois, ils totalisent 14 titres de champion du monde, 39 titres de la Triple Crown et plus de 100 tournois classés. Mais ce qui impressionne aujourd’hui est peut-être encore davantage leur longévité.

Alors que les trois hommes ont désormais plus de 50 ans, la question de leur retraite revient régulièrement. Chacun y répond pourtant à sa manière.

John Higgins : la retraite n’est plus un sujet abstrait

À 51 ans, John Higgins reste capable de jouer au plus haut niveau, mais il reconnaît désormais que la fin de sa carrière approche.

L’Écossais a récemment expliqué que certains problèmes rencontrés à la table pourraient, s’ils devenaient trop importants, finir par le pousser à arrêter. Il a notamment évoqué des difficultés techniques qui lui font parfois perdre confiance et qu’il ne serait plus capable de corriger comme il le faisait auparavant.

John Higgins

Ces dernières saisons ont pourtant prouvé que le quadruple champion du monde restait extrêmement compétitif. Après une période difficile, Higgins est revenu au premier plan en remportant notamment le World Open et le Tour Championship en 2025. Il a également continué à atteindre les derniers tours des plus grands tournois.

Au Championnat du monde 2026, il a encore démontré son immense capacité de résistance en revenant de 4-9 pour battre Ronnie O’Sullivan 13-12, avant d’atteindre les demi-finales du Crucible.

La situation de Higgins est donc paradoxale : il parle davantage de la retraite qu’auparavant, mais son niveau de jeu montre qu’il est loin d’être fini.

Il avait d’ailleurs déjà expliqué ce qu’il pensait regretter le plus lorsqu’il quitterait le circuit : ces moments de tension absolue, lorsqu’un match se joue sur une dernière manche et qu’il faut réussir sous une pression maximale.

C’est peut-être précisément cette adrénaline qui explique pourquoi il n’est pas encore prêt à s’arrêter.

Ronnie O’Sullivan : continuer, mais pas à n’importe quel prix

Pour Ronnie O’Sullivan, la question est différente.

Le septuple champion du monde n’a jamais caché ses doutes. Au cours de sa carrière, il a déjà plusieurs fois parlé de la possibilité de s’arrêter. Il a également pris des pauses et s’est retiré de plusieurs tournois.

Aujourd’hui, à 50 ans, c’est surtout son niveau de jeu qui semble déterminer son avenir.

Ronnie O'Sullivan

O’Sullivan a récemment laissé entendre qu’il ne voulait pas continuer indéfiniment s’il ne parvenait plus à jouer au niveau qu’il estime acceptable. Après son élimination au Wuhan Open, il a notamment exprimé une grande frustration concernant sa technique et ses difficultés actuelles.

Il s’est fixé un horizon : les prochaines saisons devront lui permettre de retrouver le niveau auquel il estime devoir jouer. Dans le cas contraire, la retraite deviendra une possibilité de plus en plus concrète.

Mais Ronnie O’Sullivan n’a pas encore tourné la page. Et même lorsqu’il doute, il continue à rappeler qu’il trouve une source d’inspiration dans ses deux anciens rivaux, John Higgins et Mark Williams.

Lui aussi voit ce que tout le monde constate : aucun des trois ne semble véritablement décidé à disparaître.

Mark Williams : le plus détendu face à la retraite

Des trois membres de la Classe 92, Mark Williams semble probablement être celui qui aborde la question de la retraite avec le plus de sérénité.

Le Gallois ne paraît pas obsédé par la nécessité de rester éternellement au sommet. Il sait que sa carrière se rapproche inévitablement de sa dernière partie, mais il continue surtout à profiter du jeu.

Mark Williams vainqueur Xi'an Prix 2025

À 51 ans, Williams reste pourtant un redoutable compétiteur. Sa victoire au Championnat du monde 2018, alors qu’il avait 43 ans, reste l’un des plus grands exemples de longévité de l’histoire du snooker moderne.

Plus récemment, il a encore prouvé qu’il pouvait rivaliser avec les meilleurs et atteindre les dernières étapes des grands tournois.

Williams avait d’ailleurs souligné, avant le Championnat du monde 2026, que Higgins et O’Sullivan semblaient toujours posséder l’envie de continuer, tandis que lui-même envisageait son avenir avec moins de certitudes.

Mais, comme pour ses deux amis et rivaux, parler de retraite et prendre réellement la décision de partir sont deux choses très différentes.

Une génération qui continue de défier le temps

C’est sans doute là que réside le phénomène le plus remarquable.

À une époque où le snooker est devenu extrêmement exigeant et où la concurrence ne cesse de se renforcer, trois joueurs devenus professionnels en 1992 restent encore capables, plus de trente ans plus tard, de battre les meilleurs joueurs de la planète.

Leurs parcours sont différents.

Ronnie O’Sullivan possède toujours un talent naturel et une capacité de construction de breaks que beaucoup considèrent comme uniques.

John Higgins conserve une formidable force mentale et une capacité exceptionnelle à gagner les grandes matchs sous pression.

Mark Williams reste l’un des joueurs les plus naturels et les plus créatifs du circuit.

Stephen Hendry a récemment estimé que le snooker pourrait ne plus jamais revoir trois joueurs comparables issus de la même génération. Son constat résume bien la situation : O’Sullivan, Higgins et Williams sont devenus de véritables symboles de longévité dans leur sport.


La retraite, mais pas encore

Il est évidemment impossible de savoir lequel des trois raccrochera le premier.

John Higgins reconnaît désormais plus ouvertement que le moment viendra. Ronnie O’Sullivan semble avoir fixé certaines limites à la durée de sa carrière. Mark Williams, lui, continue d’avancer sans forcément vouloir trop se projeter.

Mais il existe une évidence : les trois hommes restent aujourd’hui suffisamment compétitifs pour justifier leur présence sur le circuit professionnel.

Et c’est sans doute ce qui rend leur avenir si difficile à prévoir.

Depuis plus de trente ans, John Higgins, Ronnie O’Sullivan et Mark Williams ont partagé les mêmes tournois, les mêmes rivalités et les mêmes grandes scènes. La retraite mettra un jour fin à cette incroyable histoire commune.

Mais ce jour n’est manifestement pas encore arrivé.

Et tant qu’ils continueront à produire des performances comme celles des dernières saisons, le monde du snooker aura tout intérêt à profiter encore de ces trois légendes.