Le snooker est-il devenu trop cher pour la jeune génération ?

La question du coût de la pratique du snooker revient régulièrement dans les discussions sur l’avenir de la discipline. À l’occasion de l’English Open 2026, le jeune Gallois Liam Davies a remis le sujet sur le devant de la scène en évoquant, auprès de Totally Snookered, les difficultés auxquelles se heurte la jeune génération pour progresser et atteindre le haut niveau.

Son témoignage intervient alors que le joueur de 20 ans vient de réaliser la meilleure performance de sa carrière dans un tournoi classé. Après avoir notamment battu le champion du monde Wu Yize 4-1, Davies a atteint pour la première fois les quarts de finale d’un tournoi du circuit professionnel. Il s’est ensuite incliné face à son compatriote Mark Williams.

Tables de snooker de l'académie Ding Junhui à Sheffield
Les tables de l’académie Ding Junhui à Sheffield, photographiées en mai 2026. — Photo : Passion Snooker

Liam Davies : « C’est trop difficile »

Interrogé sur les difficultés rencontrées par les jeunes joueurs, Liam Davies a notamment mis en avant le coût et les contraintes liés à la pratique du snooker.
Dans un extrait relayé par Totally Snookered, le Gallois estime que le snooker est devenu difficile d’accès pour les jeunes et souligne la concurrence du billard, plus rapide et plus facilement accessible.
Son témoignage est particulièrement intéressant parce qu’il ne vient pas d’un ancien joueur constatant le déclin de la discipline, mais d’un jeune professionnel qui connaît directement les réalités du parcours vers le haut niveau.
Davies a lui-même dû passer par les différentes étapes du système de formation et de compétition avant de retrouver le World Snooker Tour pour les saisons 2026-2027 et 2027-2028. Il avait obtenu une première carte professionnelle après son titre au Championnat d’Europe U21 en 2024, avant de retrouver le circuit grâce à la Q School 2026.

David Gilbert avait déjà tiré la sonnette d’alarme

Le constat de Liam Davies fait écho aux propos tenus quelques mois plus tôt par David Gilbert, lui-même très impliqué dans le développement du snooker à travers son club.
Dans une enquête publiée par la BBC en mai 2026, Gilbert expliquait que le snooker était devenu trop difficile pour attirer les jeunes, alors que le billard leur paraît plus rapide et plus accessible.
Le joueur anglais, qui possède le Potters Snooker & Pool Club dans le Derbyshire, regrettait notamment de ne pas pouvoir davantage accompagner de jeunes joueurs locaux.

Le problème n’est donc pas uniquement celui du coût d’inscription aux compétitions. Il concerne toute la chaîne permettant à un jeune de progresser : accès à une table, prix des heures de jeu, déplacements, entraînement, compétitions et accompagnement.

Les clubs de snooker au cœur du problème

La situation des clubs britanniques constitue probablement l’un des principaux éléments du problème.
Selon l’enquête de la BBC, la chaîne Rileys ne compte plus que 15 clubs, contre 165 à son apogée. De nombreux établissements ont disparu sous l’effet de la hausse des loyers et des coûts d’exploitation, de la diminution de la fréquentation et de la concurrence d’autres activités.
Le problème est particulièrement important pour les jeunes joueurs. Pour progresser sérieusement, il ne suffit pas de posséder une queue : il faut pouvoir accéder régulièrement à une table de qualité, bénéficier d’un environnement adapté et jouer suffisamment de matchs.
Un ancien responsable de club interrogé par la BBC évoquait ainsi un coût pouvant atteindre 10 livres de l’heure dans certains clubs. Dans le même temps, de nombreux établissements ont dû se diversifier vers le billard ou les fléchettes pour survivre.

Cette évolution crée un cercle potentiellement problématique : moins de joueurs signifie moins de recettes pour les clubs, ce qui fragilise leur modèle économique, réduit le nombre de lieux où pratiquer et rend à son tour plus difficile l’arrivée d’une nouvelle génération.

Un paradoxe : le snooker professionnel n’a jamais semblé aussi attractif

Le constat est d’autant plus intéressant que le snooker professionnel traverse actuellement une période particulièrement dynamique.
Le Championnat du monde 2026 a notamment consacré l’émergence de plusieurs jeunes joueurs, tandis que Wu Yize est devenu champion du monde à seulement 22 ans. Liam Davies, Stan Moody, Liam Pullen ou encore d’autres jeunes joueurs britanniques incarnent eux aussi cette nouvelle génération.
Le problème n’est donc pas nécessairement l’absence de talent.
Le talent existe. La question est plutôt de savoir combien de jeunes peuvent réellement accéder aux conditions nécessaires pour l’exprimer.

Le parcours vers le circuit professionnel reste coûteux

Pour un jeune joueur qui souhaite devenir professionnel, la difficulté ne s’arrête évidemment pas à l’apprentissage du snooker.
Une fois engagé dans les compétitions amateurs de haut niveau, il faut multiplier les déplacements et les tournois.

Le Q Tour constitue aujourd’hui l’une des principales passerelles vers le World Snooker Tour.
Pour la saison 2026-2027, le Q Tour Europe comprend sept tournois, avec une dotation de 30.000 livres par épreuve. Le vainqueur du classement final obtient une carte de deux ans sur le circuit professionnel, tandis que d’autres joueurs peuvent accéder aux barrages mondiaux.
Cette structure constitue une véritable opportunité pour les jeunes talents. Mais elle implique également de pouvoir financer les déplacements, l’hébergement, l’entraînement et l’ensemble des dépenses liées à une saison de compétition.
Le problème est donc moins celui de l’existence d’un parcours vers le professionnalisme que de la capacité financière à suivre ce parcours suffisamment longtemps pour réussir.

La Chine : un autre modèle pour faire émerger les jeunes talents

Le constat dressé par Liam Davies prend une dimension particulière lorsqu’on le compare à la situation du snooker en Chine. Le pays est devenu en quelques décennies l’un des principaux réservoirs de talents de la discipline.
La différence ne tient pas nécessairement au coût de la pratique. Le snooker chinois peut lui aussi représenter un investissement important pour les familles souhaitant accompagner un jeune vers le haut niveau. Certaines formations spécialisées et les déplacements liés aux compétitions peuvent coûter plusieurs dizaines de milliers de yuans par an, voire davantage pour les joueurs engagés dans un véritable parcours vers le professionnalisme.
L’un des principaux atouts de la Chine semble plutôt résider dans l’ampleur de son réseau de pratique. Le pays compterait des dizaines de millions de pratiquants et plusieurs centaines de milliers de salles de billard et de snooker. Même si ces chiffres regroupent parfois différentes formes de billard, ils illustrent l’existence d’un environnement sans commune mesure avec celui du Royaume-Uni, où le nombre de clubs traditionnels a fortement diminué.
Pour un jeune Chinois, la possibilité de découvrir le snooker, de trouver une salle à proximité, de jouer régulièrement et de participer à des compétitions est donc potentiellement beaucoup plus importante. Plus le nombre de pratiquants est élevé, plus le réservoir dans lequel peuvent émerger les futurs champions est important.
L’évolution récente du snooker professionnel semble confirmer cette tendance. Après le titre mondial de Zhao Xintong en 2025, Wu Yize est devenu à son tour champion du monde en 2026 à seulement 22 ans. D’autres jeunes joueurs chinois occupent désormais une place importante dans le classement mondial. La Chine ne produit donc plus seulement quelques individualités exceptionnelles : elle semble progressivement faire émerger une véritable génération.
Cette réussite est également liée au rôle joué par Ding Junhui, qui a été le premier grand modèle chinois du snooker moderne. Son académie et les structures de formation développées autour de lui ont contribué à créer des passerelles entre la Chine et le Royaume-Uni, notamment Sheffield, où les jeunes joueurs peuvent bénéficier de conditions d’entraînement et d’un environnement professionnel.
Le parcours de Wu Yize illustre parfaitement cette évolution. Arrivé à l’adolescence dans une structure de formation liée à Ding Junhui, il a ensuite poursuivi son apprentissage au Royaume-Uni avant de s’imposer au plus haut niveau.

Le parallèle avec les propos de Liam Davies est donc particulièrement intéressant. La question n’est peut-être pas seulement de savoir combien coûte une heure de snooker, mais combien de jeunes ont réellement la possibilité d’en jouer régulièrement.
La Chine dispose aujourd’hui d’un immense réservoir de pratiquants, de nombreuses salles, de structures de formation et d’une population suffisamment importante pour faire émerger régulièrement de nouveaux talents. Le coût du haut niveau reste élevé, mais il intervient après une phase de découverte et de pratique beaucoup plus large.
C’est peut-être là la principale leçon du modèle chinois : pour produire des champions, il faut d’abord disposer d’une base suffisamment large de joueurs capables de pratiquer le sport et de progresser.

Le snooker doit-il devenir plus accessible ?

La comparaison entre le Royaume-Uni et la Chine ne permet évidemment pas de conclure que le modèle chinois est simplement moins coûteux. Ce serait trop simpliste. Elle montre en revanche l’importance d’un élément essentiel : l’accès à la pratique.
Un jeune joueur ne peut progresser que s’il dispose d’une table, d’un club, de temps de jeu et, à terme, de compétitions adaptées. Si ces premières étapes deviennent trop difficiles d’accès, le risque est de voir disparaître une partie des talents avant même qu’ils aient été détectés.
La question posée par Liam Davies dépasse donc largement son propre parcours. Elle concerne la capacité du snooker à conserver une base suffisamment large pour alimenter le haut niveau dans les prochaines années.

Un débat qui dépasse le cas britannique

Même si les témoignages de Liam Davies et David Gilbert concernent principalement le snooker britannique, la problématique peut être élargie à l’ensemble du snooker européen.
Dans de nombreux pays, la disparition des clubs, le coût des tables et de l’entraînement et les dépenses liées aux déplacements peuvent constituer des obstacles importants pour les jeunes joueurs.
Le développement du snooker passe donc autant par les grandes compétitions internationales que par la capacité à maintenir un réseau de clubs accessibles et capables d’accueillir les nouvelles générations.
Le paradoxe est finalement assez simple : le snooker professionnel cherche à attirer de nouveaux publics et bénéficie actuellement de l’émergence de nombreux jeunes talents, mais ces talents doivent pouvoir franchir toutes les étapes qui séparent la découverte du sport du professionnalisme.
Liam Davies vient de montrer qu’il était possible de franchir un nouveau cap. Reste à savoir combien de jeunes joueurs pourront suivre le même chemin.

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