Shaun Murphy et Judd Trump s’interrogent sur le calendrier du snooker

Trois tournois en Chine, mais près de six semaines loin de chez eux

La récente série de trois tournois disputés en Chine devait répondre à une demande formulée depuis longtemps par les joueurs : regrouper les épreuves asiatiques afin de réduire les incessants voyages entre le Royaume-Uni et la Chine.
Le calendrier de cet été avait ainsi concentré le Shanghai Masters, le China Open et le Wuhan Open sur une période allant de la fin juillet à la fin août.
Sur le papier, la logique pouvait sembler évidente. Plutôt que d’effectuer plusieurs allers-retours entre l’Europe et la Chine, les joueurs restaient sur place pour disputer plusieurs tournois.
Mais la formule retenue n’a manifestement pas convaincu tout le monde.

Shaun Murphy s’est montré particulièrement virulent, estimant que le calendrier finalement mis en place ne correspondait pas du tout à ce que les joueurs avaient demandé.
« À ma connaissance, aucun joueur ne souhaitait trois événements en Chine qui nous prennent presque six semaines. »

Shaun Murphy critique le calendrier des tournois de snooker en Chine

C’est précisément là que se situe le cœur de la critique : les joueurs ne réclamaient pas forcément davantage de tournois sur une longue période, mais souhaitaient que les compétitions soient véritablement regroupées afin de réduire le temps passé loin de chez eux.

Le problème des longues périodes d’attente

Les trois tournois chinois ne se sont pas enchaînés directement.
Plusieurs jours, et parfois près d’une semaine, séparaient les différentes compétitions. Pour les joueurs qui participaient aux derniers tours, cette organisation pouvait permettre de récupérer. Mais la situation était très différente pour ceux qui perdaient rapidement.
Judd Trump, par exemple, a remporté le Shanghai Masters avant de s’incliner dès son entrée en lice au tournoi suivant. Il s’est alors retrouvé avec une très longue période sans compétition avant l’Open de Wuhan.
Le numéro un mondial estime qu’il est difficile de trouver une formule qui convienne à tout le monde, puisque les joueurs sont éliminés à des moments différents.
Mais il considère néanmoins que trois tournois représentaient probablement une compétition de trop.
« C’était un peu long vers la fin. Après avoir perdu tôt dans le deuxième tournoi, vous avez deux semaines de libre, ce qui représente une très longue période. »
Pour Trump, seuls quelques joueurs atteignent les derniers tours du deuxième tournoi. La majorité se retrouve donc avec 12, 13 ou 14 jours d’attente avant le suivant.

Un problème difficile à gérer pour les joueurs.

Rester en Chine ou repartir… avant de revenir ?

Cette longue période intermédiaire place les joueurs devant une situation peu confortable.
Rester en Chine signifie payer des nuits d’hôtel supplémentaires et passer plusieurs jours loin de son domicile. Mais rentrer au Royaume-Uni avant de repartir pour le tournoi suivant implique de nouveaux voyages longs et coûteux.
C’est un problème qui concerne tout particulièrement les joueurs moins bien classés.
Shaun Murphy a reconnu que les plus grands noms du circuit disposent généralement de plus de moyens pour rendre cette attente plus confortable. Lui-même a expliqué qu’il avait pu s’occuper en Chine avec ses partenaires commerciaux.
Mais ce n’est pas nécessairement le cas pour tous les joueurs.
« Qu’en est-il des joueurs plus bas dans la hiérarchie qui n’ont peut-être pas les moyens de passer deux semaines et demie supplémentaires dans un hôtel à Pékin, Shanghai ou ailleurs ? »
La question du calendrier devient donc également une question financière.
Pour les joueurs moins fortunés, se qualifier pour plusieurs tournois à l’autre bout du monde peut représenter une formidable opportunité sportive, mais aussi une période de dépenses importantes.

Pourquoi les tournois chinois ne peuvent-ils pas s’enchaîner ?

C’est la principale interrogation soulevée par Shaun Murphy.
Les joueurs souhaitaient que les tournois disputés en Chine soient regroupés de manière plus compacte. Or, ils se sont retrouvés sur place pendant une période de près de six semaines.
Murphy explique avoir déjà discuté de ce sujet avec le World Snooker Tour lorsqu’il présidait l’Association des Joueurs.
Selon lui, les joueurs se sont régulièrement entendu dire qu’il était impossible d’organiser deux compétitions en Chine de manière réellement consécutive.
Différentes raisons auraient été avancées, notamment les distances considérables séparant les villes chinoises.
Mais Murphy estime que cet argument est difficile à défendre.
L’Open de Wuhan s’est achevé le 29 août. Le British Open débutait seulement deux jours plus tard à Cheltenham, en Angleterre.
Le contraste est saisissant : les joueurs peuvent être contraints d’effectuer le voyage entre la Chine et le Royaume-Uni pour disputer deux tournois quasiment consécutifs, mais les épreuves organisées à l’intérieur même de la Chine ne pourraient pas être programmées de manière plus rapprochée.

Le cas de Mark Williams illustre les difficultés

Le problème s’est concrétisé immédiatement après l’Open de Wuhan.
Mark Williams, engagé jusqu’aux derniers jours du tournoi chinois, est arrivé au Royaume-Uni tard dans la nuit précédant son premier match du British Open.
Quelques heures plus tard, le Gallois devait déjà être à la table face à David Gilbert.
Il s’est incliné 4-0.

Mark Williams calendrier snooker

Pour Shaun Murphy, cette situation résume parfaitement l’incohérence du calendrier.
Pourquoi le circuit peut-il enchaîner deux compétitions lorsqu’elles sont séparées par plusieurs milliers de kilomètres, alors qu’il n’est pas possible de faire de même pour plusieurs tournois organisés dans le même pays ?
Murphy estime que cette situation ne convient ni aux joueurs, ni au public, qui peut se retrouver devant des joueurs fatigués.

Judd Trump partage certaines interrogations

Judd Trump s’est montré moins sévère que Shaun Murphy, mais il partage plusieurs de ses interrogations.
Le champion anglais reconnaît qu’il est pratiquement impossible de satisfaire tous les joueurs. Ceux qui vont loin dans un tournoi ont moins de temps libre avant le suivant, tandis que ceux qui sont éliminés rapidement peuvent se retrouver avec de longues périodes d’attente.
Mais Trump s’interroge lui aussi sur la cohérence du calendrier.
Le circuit a déjà programmé certains tournois pratiquement l’un à la suite de l’autre, alors même que les joueurs doivent effectuer de longs voyages.

Judd Trump s'interroge sur le calendrier des tournois de snooker en Chine

Il cite notamment les enchaînements entre l’International Championship et le Champion of Champions, deux compétitions qui peuvent obliger les joueurs à repartir immédiatement vers le Royaume-Uni.
Pour Judd Trump, la règle devrait donc être la même pour tous.
« On organise certains tournois consécutivement sans pause – l’International Championship est suivi du Champion of Champions – ce qui oblige à faire un long voyage en avion, mais on ne peut pas enchaîner les tournois en Chine ? On ne peut pas avoir une règle pour l’un et une autre pour l’autre. »
Il estime par ailleurs que cette longue période de tournois en Chine a pu avoir une conséquence sur le niveau de jeu, qu’il jugeait moins élevé à l’approche de la troisième épreuve.

Le World Snooker Tour répond aux critiques

Le World Snooker Tour a réagi aux déclarations de Shaun Murphy en expliquant que la construction d’un calendrier ne dépend pas uniquement de sa volonté.
L’organisation souligne que de nombreux éléments doivent être pris en compte.
« La programmation des événements repose sur de nombreux facteurs, notamment les préférences des diffuseurs et des promoteurs ainsi que la disponibilité des salles. »
Le WST explique également faire son possible pour construire un calendrier qui serve au mieux les intérêts des joueurs, tout en poursuivant son objectif de développement international du snooker.
L’organisation rappelle que les joueurs avaient eux-mêmes demandé par le passé que les événements chinois soient regroupés autant que possible.
Selon le WST, cette demande a précisément conduit à la programmation des trois tournois sur une période plus resserrée.

Pourquoi le WST refuse des tournois consécutifs

Le World Snooker Tour reste toutefois catégorique sur un point : il n’est pas possible, pour de multiples raisons, d’organiser les différents tournois chinois lors de semaines directement consécutives.
« Nous avons clairement indiqué qu’organiser des événements lors de semaines consécutives sans intervalle entre eux n’était pas possible, pour de multiples raisons. »
Le WST ne précise cependant pas l’ensemble de ces contraintes.
L’organisation rappelle également l’importance de cette série de tournois pour les joueurs.
Au total, près de 3 millions de livres sterling de prix étaient proposés et les trois compétitions se sont déroulées dans trois grandes villes, dans des conditions d’organisation qui ont été largement saluées.
Le WST insiste enfin sur le fait qu’il reste à l’écoute des joueurs.
« Nous accueillons toujours les retours des joueurs de tout le circuit et cela nous aidera à tirer des conclusions. »

Murphy critique le calendrier, pas la Chine

Shaun Murphy tient toutefois à distinguer clairement le calendrier de la qualité des événements chinois.
Ses critiques ne visent ni les organisateurs locaux, ni les tournois eux-mêmes.
Au contraire, l’Anglais a souligné la qualité des efforts consentis en Chine, l’importance accordée à l’organisation et l’accueil réservé aux joueurs.
Selon lui, les événements sont remarquablement organisés et les joueurs y sont bien traités.
Le problème se situe uniquement dans la manière dont ils sont placés sur le calendrier.
Murphy estime qu’il faudra, à terme, donner davantage de poids à l’avis des joueurs.
Il rappelle que les exigences des promoteurs, des diffuseurs et des sponsors ont longtemps été considérées comme prioritaires.
Pour lui, il doit être possible de continuer à développer le snooker en Chine tout en reconnaissant qu’un calendrier peut, parfois, ne pas fonctionner pour les joueurs.

Un compromis difficile à trouver

La réponse du WST montre que la question est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.
Un calendrier sportif mondial ne se construit pas uniquement en fonction de la géographie.
Les promoteurs ont leurs contraintes, les diffuseurs leurs propres préférences, les salles ne sont pas disponibles toute l’année et les accords commerciaux doivent être respectés.

Mais les joueurs ont également leurs intérêts.

Le problème ne semble donc pas être le nombre de tournois en Chine. Ni même l’idée de les regrouper.
Le débat porte sur la manière de le faire.
Les joueurs souhaitaient manifestement une succession de compétitions suffisamment rapprochées pour éviter les allers-retours vers l’Europe et les longues périodes d’attente.
Le WST affirme que l’organisation de trois événements lors de semaines consécutives est impossible.
C’est entre ces deux positions que devra être trouvé un compromis.

Le snooker face aux limites de sa mondialisation.

Le débat sur cette série de tournois chinois dépasse finalement le seul calendrier de l’été 2026.
Le snooker est devenu un sport mondial. Son développement en Chine est essentiel à son avenir, aussi bien sur le plan sportif qu’économique.
Mais cette mondialisation impose également une réflexion de plus en plus importante sur les déplacements et la charge de travail des joueurs.
Comment multiplier les grands tournois à travers le monde sans transformer la saison en une succession de longs voyages ?
Comment respecter les exigences des promoteurs et des diffuseurs tout en tenant compte des contraintes financières et familiales des joueurs ?
Comment organiser plusieurs tournois dans un même pays sans obliger les joueurs à y passer près de six semaines ?
Pour le WST, le calendrier de cet été représentait une réponse à la demande des joueurs de regrouper davantage les événements chinois.
Pour Shaun Murphy et Judd Trump, la formule choisie n’a pas répondu au problème.
Le World Snooker Tour affirme désormais qu’il écoutera les retours des joueurs afin de tirer les conclusions de cette première expérience.
La question est donc loin d’être close.
Car si tous s’accordent sur l’importance du snooker chinois, le débat reste entier sur la meilleure manière d’organiser les tournois.