Snooker : le système de qualification et les classements font débat, Jason Ferguson répond aux joueurs

Le débat monte autour de la structure actuelle du World Snooker Tour. Alors que les meilleurs joueurs bénéficient de plus en plus souvent d’une entrée directe dans les tableaux finaux, une partie du reste du circuit doit enchaîner les qualifications pour accéder aux mêmes tournois.
Une situation qui commence à inquiéter plusieurs joueurs. Et cette fois, la réflexion ne concerne pas seulement le calendrier : elle touche également au système de classement mondial, à la répartition des places dans les tournois et à l’équilibre entre les joueurs du Top 16 et ceux qui évoluent en dehors de cette élite.
Interrogé par le quotidien britannique en ligne Metro, Jason Ferguson, président de la WPBSA, reconnaît que certaines questions doivent être examinées.

Jason Ferguson, président de la WPBSA

Les tirages par niveaux au cœur de la polémique

Le problème vient notamment du développement des tableaux dits « tiered », c’est-à-dire organisés par niveaux.
Le principe est relativement simple : les meilleurs joueurs au classement entrent directement dans le tableau principal, tandis que les joueurs moins bien classés doivent passer par plusieurs tours de qualification.
Cette organisation présente un intérêt commercial évident pour les tournois. Les derniers jours de compétition réunissent davantage de grands noms, les diffuseurs disposent d’affiches plus attractives et les joueurs présents sur place bénéficient de conditions plus importantes.
Mais le système produit également une conséquence directe : les joueurs situés en dehors du Top 16 doivent beaucoup plus souvent commencer leur tournoi plusieurs jours avant les meilleurs.
Et certains commencent à considérer que l’écart devient trop important.

Peter Devlin : « C’est fou » pour les joueurs hors du Top 16

L’un des joueurs à avoir récemment soulevé le problème est l’amateur anglais Peter Devlin.
Sur les réseaux sociaux, Devlin a notamment contesté le principe selon lequel un joueur doit parfois gagner plusieurs rencontres pour atteindre le tableau principal avant de s’incliner face à un joueur mieux classé qui, lui, bénéficie d’une entrée directe.
Son argument porte également sur les points et les récompenses associés aux parcours.
Pour résumer son raisonnement : un joueur peut remporter plusieurs matches en qualification, affronter ensuite une tête de série et perdre, tandis que le joueur mieux classé aura bénéficié d’un parcours beaucoup plus court avant d’obtenir une performance comparable dans le tournoi principal.
Devlin estime également qu’il est difficile de parler de véritable avantage sportif lorsqu’il existe ensuite plusieurs semaines entre les qualifications et le tournoi principal.
Le joueur pointe ainsi un problème qui dépasse le simple nombre de matches : le rythme de compétition et la possibilité de rester régulièrement sur les tables.

Shaun Murphy partage une partie de ces inquiétudes

La réflexion de Peter Devlin a reçu le soutien de Shaun Murphy.
Le champion du monde 2005 s’est déclaré favorable à un retour à des tableaux où les joueurs commenceraient davantage au même stade.
Mais Murphy reconnaît immédiatement la difficulté de cette solution.
Faire entrer 128 joueurs directement au premier tour de chaque tournoi poserait d’importants problèmes logistiques au World Snooker Tour. Cela impliquerait davantage de tables, davantage de jours de compétition et probablement une réflexion sur la taille même du circuit professionnel.
C’est là toute la difficulté du débat.
Un tableau intégralement ouvert peut sembler plus égalitaire sur le plan sportif, mais il est beaucoup plus compliqué à organiser pour un tournoi professionnel moderne.
Murphy estime donc qu’une réforme ne pourrait pas se limiter à modifier les tirages : il faudrait probablement réfléchir simultanément au nombre de joueurs présents sur le circuit et au format des rencontres.

Gary Wilson : le problème n’est pas forcément le Top 16

Gary Wilson apporte une nuance intéressante.
Le joueur anglais ne rejette pas totalement les tableaux par niveaux. Selon lui, leur utilisation peut avoir du sens pour certains grands tournois.
Ce qui pose problème, à ses yeux, est plutôt leur généralisation.
L’époque où quelques gros tournois fonctionnaient selon ce principe pouvait être comprise comme une récompense pour les meilleurs joueurs. Le reste du calendrier permettait alors davantage aux joueurs du circuit de se mesurer directement entre eux.
Le sentiment de Wilson est que le snooker est progressivement revenu vers une organisation qui rappelle celle d’il y a plusieurs décennies.
Et c’est précisément cette évolution qui nourrit le sentiment de séparation entre les meilleurs joueurs et le reste du circuit.

Jason Ferguson reconnaît un véritable problème

Face à ces critiques, Jason Ferguson ne balaie pas le débat.
Le président de la WPBSA estime personnellement qu’il faut trouver un équilibre entre les tableaux par niveaux et les tableaux ouverts.
Il ne souhaite pas voir tous les tournois basculer vers un système où les meilleurs bénéficient systématiquement d’une entrée directe.
Pour Ferguson, les deux formules présentent des avantages.
Avec un tableau ouvert, un joueur moins bien classé peut tomber sur Judd Trump ou une autre tête de série dès le premier tour et être éliminé immédiatement.
Mais l’inverse est également possible : un joueur peut profiter d’un bon tirage, trouver sa meilleure forme et réaliser une belle série.
C’est justement cette possibilité de progression que Ferguson souhaite préserver.

« Je ne veux pas voir tous les événements passer à une structure par niveaux », explique en substance le président de la WPBSA dans ses propos rapportés par Metro.

Le problème des qualifications à répétition

L’autre conséquence du système actuel est beaucoup moins visible pour le grand public.
Pour les joueurs situés en dehors de l’élite, certaines semaines peuvent être occupées par des qualifications pour plusieurs tournois différents.
Un joueur peut donc passer plusieurs jours à disputer des matches décisifs pour simplement obtenir le droit de revenir quelques semaines plus tard dans le tableau principal.
Et lorsqu’il perd une qualification, il peut ensuite connaître une longue période sans compétition.
Ferguson reconnaît que cette situation constitue une véritable préoccupation pour la WPBSA.
Il évoque notamment le risque de voir certains joueurs du circuit passer de longues périodes sans jouer, alors que seuls 32, 16, voire même 12 joueurs sont encore engagés dans certaines compétitions.
« Nous voulons que tous nos joueurs jouent tout le temps », explique-t-il, en substance, en soulignant que l’objectif de la WPBSA est de construire un sport plus important pour l’ensemble de ses joueurs.

Le Top 16 bénéficie d’un avantage de plus en plus important

C’est probablement l’un des points les plus importants de cette discussion.
Le Top 16 mondial ne constitue pas seulement une distinction honorifique. Faire partie des 16 meilleurs joueurs permet d’éviter certaines qualifications et de bénéficier d’une entrée directe dans plusieurs tournois importants.
La WPBSA confirme elle-même que son classement mondial sert à déterminer les têtes de série des compétitions futures. Elle utilise également des classements spécifiques pour déterminer les qualifiés de plusieurs épreuves.

La situation devient encore plus intéressante avec les Players Series.
Le World Grand Prix réunit 32 joueurs, le Players Championship 16 et le Tour Championship 12. La qualification dépend de listes spécifiques et, dans le cas de ces compétitions, du classement sur une année.
Cela signifie qu’une place parmi les meilleurs du classement peut offrir une véritable sécurité sportive tout au long de la saison.
Et cette sécurité est précisément ce que certains joueurs situés plus bas dans la hiérarchie estiment aujourd’hui trop importante.

Le classement mondial est lui aussi remis en question

Le débat sur les tableaux mène naturellement à une autre question : le système de classement récompense-t-il correctement la régularité ?
Le classement mondial du snooker repose actuellement sur les gains obtenus dans les tournois classés sur une période de deux ans. La WPBSA utilise donc l’argent remporté dans les compétitions comme base du classement.
Ce système possède une logique évidente : gagner un tournoi majeur rapporte davantage que sortir au premier tour.
Mais plusieurs joueurs, dont Judd Trump et Mark Selby selon Metro, estiment que les très grosses dotations peuvent avoir une influence disproportionnée sur la hiérarchie.
Un joueur qui réalise un parcours exceptionnel dans un tournoi très riche peut accumuler une quantité considérable de gains et bénéficier ensuite d’une position avantageuse pendant une longue période.
La question devient alors celle de la régularité.
Faut-il récompenser davantage le joueur qui obtient régulièrement de bons résultats, même sans remporter les tournois les plus importants, ou considérer qu’un titre majeur doit naturellement peser très lourd dans le classement ?
Il n’existe pas de réponse simple à cette question.

La WPBSA travaille déjà sur une éventuelle évolution

C’est sans doute l’information la plus importante des déclarations de Ferguson.
La WPBSA ne se contente pas de constater le débat : elle indique travailler sur le sujet.
Selon Ferguson, l’organisation a fait appel à des spécialistes afin d’étudier différentes possibilités. L’objectif est notamment de comparer le système actuel avec un éventuel classement basé sur des points.

Ce n’est pas une annonce de changement imminent. Ferguson insiste plutôt sur le fait que les différents éléments du système sont liés :

  • Modifier le classement aurait des conséquences sur les têtes de série.
  • Modifier les têtes de série aurait des conséquences sur les qualifications.
  • Modifier les qualifications aurait à son tour un impact sur la structure des tournois.

Autrement dit, il est impossible de réformer un seul élément sans examiner l’ensemble de l’architecture du circuit.

Le retour à un classement à points n’est donc pas exclu

Le snooker a déjà connu un système basé sur les points.
La WPBSA rappelle elle-même que le classement actuel n’a pas toujours fonctionné de cette manière. Le système basé sur les gains financiers (prize money) a remplacé le classement à points et est utilisé depuis de nombreuses années.
Ferguson souligne toutefois qu’aucune des deux méthodes n’est parfaite.
Le retour éventuel à un système à points devrait donc être étudié en tenant compte de la structure actuelle du calendrier, des différences de dotation entre les tournois et du nouveau fonctionnement des tableaux.

La question n’est pas simplement de savoir s’il faut remplacer « l’argent » par « des points ». Il faut déterminer quelle valeur attribuer à chaque résultat et comment empêcher qu’un seul tournoi ne déforme excessivement la hiérarchie.

Un problème qui touche surtout le bas du classement

Derrière les discussions sur les grands noms du Top 16 se trouve finalement un problème beaucoup plus concret pour les joueurs situés plus bas.
Le joueur classé 17e, 30e ou 60e peut être un professionnel à temps plein, mais ne pas bénéficier du même accès aux tournois que celui situé dans le Top 16.
La conséquence est potentiellement un calendrier beaucoup plus fragmenté :

  • Plus de qualifications.
  • Plus de déplacements pour parfois un seul match.
  • Des périodes sans compétition.
  • Davantage de pression pour conserver sa carte professionnelle.

La WPBSA affirme vouloir éviter cette fracture entre une élite régulièrement présente dans les grands événements et un groupe de joueurs qui doit constamment se battre pour y accéder.

Le snooker face à un choix stratégique

Le débat actuel ne signifie donc pas nécessairement que le système actuel est condamné.
Les tableaux par niveaux ont de véritables avantages commerciaux et permettent aux dernières phases des tournois de concentrer les meilleurs joueurs, ce qui facilite notamment la production télévisée. Ferguson cite à ce titre l’exemple du China Open, où un tableau final réduit permet de proposer aux joueurs des conditions d’accueil et de diffusion beaucoup plus importantes.
Mais le système a aussi son revers. Plus les tableaux principaux sont réduits, plus les joueurs situés en dehors de l’élite doivent passer par les qualifications.
Et plus les qualifications se multiplient, plus le calendrier risque de devenir difficile à vivre pour une partie du circuit.
C’est cette équation que la WPBSA doit désormais résoudre.

Une réforme qui pourrait dépasser la seule question des tirages

Les déclarations de Jason Ferguson sont finalement révélatrices d’une réflexion beaucoup plus large.
Il ne s’agit plus seulement de savoir si un tournoi doit commencer avec 32, 64 ou 128 joueurs. Il faut réfléchir simultanément au classement mondial, aux têtes de série, aux qualifications, à la taille du circuit et à la répartition des périodes de compétition. La WPBSA semble consciente que ces éléments sont désormais indissociables.

Pour les joueurs, l’enjeu est simple : pouvoir disputer suffisamment de matches pour vivre de leur activité et progresser dans la hiérarchie.
Pour les organisateurs et les diffuseurs, l’enjeu est différent : concentrer les meilleurs joueurs dans les dernières journées permet de proposer des affiches plus attractives et des conditions de production plus efficaces.

Le compromis reste donc à trouver.
Et si la WPBSA poursuit réellement son étude des différents systèmes de classement, le débat actuel pourrait bien déboucher sur une réforme plus profonde du World Snooker Tour dans les prochaines saisons.

Une chose est en tout cas certaine : le débat sur les qualifications ne concerne plus seulement ceux qui doivent les jouer. Il concerne désormais la manière dont tout le snooker professionnel doit être organisé.