Une page importante de l’histoire du snooker est sur le point de se tourner.
Champion du monde en 1997, et figure incontournable du circuit professionnel pendant plus de trois décennies, Ken Doherty vient d’annoncer sa retraite du snooker professionnel.
L’irlandais qui continuera toutefois à évoluer sur le circuit sénior, et à commenter les compétitions pour la télévision, laisse derrière lui un parcours remarquable jamonné de nombreux succès
A l’heure où Doherty à quitter l’élite, un autre vétéran continue quant à lui de défier le temps : Jimmy White disputera la saison prochaine une 47e campagne consécutive sur le circuit professionnel, un record historique.

Ken Doherty : une carrière exceptionnelle couronnée par un titre mondial
La naissance d’une passion
Encore enfant, Ken Doherty était passionné par le snooker.
En se rappelant de cette période, il lui revient ce souvenir à propos de son père (qui est décédé alors qu’il avait 13 ans), lui aussi un grand fan de snooker :
« Il me laissait veiller tard pour regarder Pot Black avec lui le jeudi soir. Je n’avais que huit ans. Il était un grand fan de Ray Reardon, et moi j’étais fasciné par Alex Higgins ».
Il se souvient encore de cette finale de 1985, considérée comme le plus grand match de l’histoire, entre Steve Davis et Dennis Taylor.
Plus de 20 millions de personnes accrochées à leur télévision jusque tard dans la nuit.
« J’avais 14 ans, je sortais avec une fille de Donnybrook. Je l’ai accompagnée chez elle, il devait être 23 heures. J’espérais que sa famille était déjà au lit et que j’allais avoir droit à un bisou et à un câlin. Mais quand nous sommes entrés dans la maison, ils étaient tous là, collés à la télé à regarder le match. J’ai compris donc que je n’allais pas avoir mon baiser ! ».
« Ça a boosté mon ambition. Je me suis dit que si Dennis pouvait renverser le grand Steve Davis, un joueur presque invincible à l’époque, alors un jeune de Ranelagh pourrait lui aussi gagner ! »
Ses débuts dans le monde du snooker
Après avoir remporté le titre national amateur en 1987, il avait quitté Dublin pour aller à Londres poursuivre sa carrière.
« Je suis arrivé à Londres avec une queue, un petit sac de vêtements et 500 £ en poche, c’était tout ce que j’avais. J’avais 19 ans. Un monsieur dénommé Curly Mick m’a demandé si je voulais aller jouer en Islande (pour le championnat du monde U21, NDLR). Je lui ai dit que j’aurais aimé mais que je n’en avais pas les moyens. Il m’a dit « Je te paye l’avion et tu y vas » ».
« Je me souviens avoir battu Jason Ferguson en finale et empoché 3000 £. On m’avait remis une coupe et un trophée orné du drapeau islandais. Curly Mick m’a demandé de lui prêter ce trophée pour qu’il prenne des photos avec ses amis à Londres. Depuis lors, je ne l’ai plus jamais revu, ni lui, ni le trophée ! ».
C’était une période passionnante. Je jouais avec des gars que je regardais à la télévision comme Steve Davis, Jimmy White. C’était absolument magnifique ! ».
Après avoir remporté à la fois le championnat du monde des moins de 21 ans et le championnat du monde amateur en 1989, Doherty est devenu professionnel en 1990.
Sa carrière professionnelle
Il a remporté son premier titre classé en 1993, après avoir battu Alan McManus en finale du Welsh Open. Cela lui a permis d’’intégrer pour la première fois le top 16 mondial, et d’y rester de façon ininterrompue pendant 15 ans.

Au cours de sa carrière, Doherty a remporté six titres et atteint la finale à 11 reprises dans les tournois classés. Il a aussi remporté plus d’une dizaine de tournois non classés.
Durant la saison 2006-2007, il a atteint la 2e place mondiale, son meilleur classement en carrière.
Le sacre en 1997
« Quand j’étais enfant, mon rêve était de gagner un jour le championnat du monde. La victoire d’Alex Higgins en 1982 et celle de Dennis Taylor en 1985 furent des moments inspirants pour moi. Je voulais tant les imiter et soulever cette coupe. Et réussir cela avec une queue achetée 2 £ en battant Stephen Hendry en finale était tout simplement incroyable ! », se souvient Doherty.
« Quand je me rends maintenant au Crucible pour commenter, je regarde la chaise et je pense au jeune garçon que j’étais et qui avait gagné le championnat du monde. Je n’avais que 27 ans à l’époque. Je m’en souviens avec tendresse et ces souvenirs ne me quitteront jamais, je n’oublierai jamais ces bons moments. On ne peut pas mettre de prix sur une chose pareille ! ».
Au championnat du monde 1997, Doherty affrontait en finale Stephen Hendry qui était alors au sommet de la gloire. Le joueur écossais venait de remporter les cinq derniers championnats du monde et il visait un 6e titre consécutif.
« Stephen (Hendry) venait de gagner 29 matchs d’affilée au Crucible. J’étais évidemment l’outsider, mais j’avais la conviction que j’étais capable de le faire. Je me souviens que je menais 15-7, puis il est revenu à 15-12. A ce moment, je me disais « pas moi, pas maintenant, pas en finale ! Ne me fais pas ça bon Dieu, je ne m’en remettrais jamais ! ».
Finalement, Doherty a réussi à accomplir ce qui semblait alors impossible, battre Hendry 18-12 et décrocher le plus grand prix du snooker.
« Je pense que s’il avait réussi à revenir au score et m’aurait battu, je ne me serais probablement jamais remis ! ».
« Le battre en finale, alors qu’il semblait presque imbattable, rend la victoire encore plus douce. Battre les meilleurs sur la plus grande scène du monde, il n’y a rien de plus beau ! ».
« A mon arrivée à l’aéroport de Dublin. Ma mère était là, je lui ai remis le trophée et lui ai dit « C’est pour toi maman, pour tout ce que tu as fait, pour tous les sacrifices…’ ».
« Je suis ensuite rentré chez moi et j’ai défilé avec mon trophée dans un bus à impériale devant 250.000 personnes amassées au centre-ville. C’était grandiose, je n’aurais jamais pu l’imaginer ! ».

Une année après ce sacre, Doherty avait réussi à atteindre à nouveau la finale du championnat du monde, mais s’est incliné face à John Higgins.
« Le plus drôle, c’est qu’après une année 1997 aussi merveilleuse, j’ai de nouveau atteint la finale en 1998, mais j’ai été battu par John Higgins ».
« De retour à l’aéroport de Dublin, au lieu d’un bus à impériale, j’ai dû faire la queue pour avoir un taxi et rentrer chez moi (rires) ».
En 1999 et 2000, il avait réussi à atteindre la finale du Masters, s’inclinant contre John Higgins et Matthew Stevens. Contre ce dernier, on se souvient de ce loupé sur la dernière bille noire alors qu’il était en route pour un 147. Cette erreur lui avait coûté une luxueuse voiture de sport !
Des résultats en baisse, mais une passion toujours intacte
Après avoir été relégué du circuit en 2017, Doherty a depuis cette date conservé sa place chaque saison grâce à des invitations pour « services rendus ».
Au cours de la dernière saison, il n’a gagné que cinq matchs, et seulement trois la saison d’avant.
Aux German Masters de l’année dernière, alors qu’il menait tranquillement 4-0 contre Oliver Lines lors du dernier tour des qualifications, il a vu son adversaire revenir à 4-4, mais a réussi finalement à remporter le match.
« J’avais le match en main, puis il a commencé à revenir. J’étais assis là à le regarder faire, et j’avais un drôle de sentiment. Je me suis dit qu’il était peut-être temps que je m’arrête définitivement ! ».
« J’avais alors 55 ans, je me souviens d’avoir quitté la table ce jour-là avec le sentiment d’en avoir 65 ans ! Je menais 4-0 tranquillement, puis je me suis totalement effondré. C’était absolument effrayant ! ».
Le dernier match de Doherty sur le circuit professionnel fut une défaite contre Patrick Whelan lors du premier tour du dernier championnat du monde.
« Mon objectif était de participer au Crucible encore une année de plus, cela aurait fait un bel anniversaire (30 ans depuis son sacre de 1997), mais je ne pense tout simplement ne plus pouvoir le faire. Les gars en face sont trop forts, ils sont jeunes et ils sont totalement hors de portée ! ».
« C’est devenu tellement plus difficile avec l’âge. Quand tu te souviens de tous les bons jours et que tu ne peux plus reproduire cela, ça devient difficile mentalement et très frustrant ».
La retraite
Après avoir terminé la saison dernière à la 106e place du classement mondial, Doherty a été relégué du circuit.
« J’ai eu du mal au début en prenant la décision d’arrêter, mais je me sens mieux maintenant. J’ai senti que mes performances ont décliné, et que même si je jouais encore quelques années, je savais que je ne pouvais pas m’améliorer ».
« J’aurais probablement dû m’arrêter il y a quelques années déjà, mais j’adore tellement ce jeu et j’espérais retrouver ma forme, mais ça n’a pas été le cas ».
« Cela va beaucoup me manquer, c’est sûr. J’ai passé tellement de bons moments dans ce sport, et j’ai encore de merveilleux souvenirs ! ».
« Je ne vais toutefois pas quitter le snooker. Je vais continuer à jouer avec les séniors et à assurer mon job de commentateur à la télévision ».
Doherty est par ailleurs toujours membre du Conseil des Joueurs au sein de la WPBSA (World Professional Billiards and Snooker Association).
Jimmy White continue de défier le temps
A l’âge de 64 ans, le joueur le plus âgé du circuit professionnel se prépare pour une 47e saison consécutive parmi l’élite, égalant ainsi le record détenu par Fred Davis.

Un palmarès qui force le respect
Après avoir gagné le championnat amateur anglais en 1979, White a enchaîné avec un titre au championnat du monde amateur IBSF en 1980, puis est devenu professionnel la même année.
Au cours de sa brillante carrière, White a remporté pas moins de dix épreuves classées et une multitude de tournois sur invitation sur le circuit professionnel. Il a été aussi quatre fois champion du monde senior.
En 2022, alors âgé de 60 ans, White a remporté quatre matchs consécutifs pour se qualifier pour le UK Championship. À la fin de cette même saison, il avait conservé sa carte professionnelle du circuit grâce à son classement annuel.
White a bien commencé la saison dernière en battant Anthony McGill pour se qualifier pour le Wuhan Open, mais ce n’était qu’une des trois victoires qu’il a obtenues de toute la saison.
Un défi toujours renouvelé
Jimmy White affrontera O’Sullivan lors du match d’ouverture de la saison… mais pas celui auquel on pense. A Leicester, White jouera son première match de la saison 26/27 contre Sean O’Sullivan, au premier tour de qualification du China Open 2026.
Pour décrocher une place en Asie, il devra franchir les quatre tours qualificatifs à Leicester dans quelques semaines.
La fin d’une époque, mais pas encore pour tous
La retraite de Ken Doherty marque la fin d’un parcours exceptionnel, entamé il y a plus de 40 ans.
Champion du monde, vainqueur de nombreux tournois et figure appréciée du circuit, l’irlandais laisse derrière lui un héritage considérable, et continuera à faire vivre sa passion du snooker à travers les compétitions séniors et son activité de consultant.
Dans le même temps, Jimmy White poursuit son incroyable aventure professionnelle.
A 64 ans, l’anglais s’apprête à disputer une 47e saison sur le circuit, égalant ainsi un record historique de longévité.
Deux trajectoires différentes, mais un même point commun : une passion intacte pour le snooker et une contribution majeure à l’histoire de ce sport.
